21 sept. 2026
PFAS : « l’Institut éco-citoyen », nouvelle vigie de la pollution en territoire lyonnais
Par
Anne Devineaux
Climat
4 mins
Quatre ans après la révélation du scandale des PFAS dans la vallée de la chimie, l’« Institut écocitoyen du territoire lyonnais » est en ordre de marche. A sa tête, Louis Delon, fondateur du collectif « Ozon l’Eau Saine ». Il entend poursuivre le travail de terrain engagé par les habitants impactés au sud de l’agglomération lyonnaise.
©Anne Devineaux/En un battement d'aile
Tout part d'une enquête journalistique de l’émission « Vert de rage », diffusée sur France 5 en 2022, qui révèle des taux de PFAS dans l'eau du robinet du champ captant de Ternay largement supérieurs à la nouvelle norme européenne. Ce champ captant alimente en eau potable la majorité des communes du pays de l'Ozon, une quinzaine de kilomètres au sud des usines chimiques d’Arkema et Daikin à Pierre-Bénite, identifiées comme source de la pollution.
Louis Delon, chimiste de formation, fait partie des quatre premiers habitants à se mobiliser. Il créé alors le collectif « Ozon l’Eau Saine ». « On a décidé de monter un collectif pour interpeller les pouvoirs publics mais aussi documenter la situation de façon approfondie parce qu'à l'époque les investigations qui étaient menées par les agences de l'État étaient davantage concentrées sur le secteur de Pierre-Bénite, là où il y avait les usines », explique-t-il.
Le collectif grandit et engage rapidement un travail de fond : veille scientifique, entretiens avec des experts, analyse des substances retrouvées dans l'eau. Ce travail débouche, début 2023, sur une première réunion publique à Communay qui rassemble plus de 200 personnes « un succès tel que la salle ne peut accueillir tout le monde », précise Louis Delon.
De la mobilisation citoyenne à l'expertise de terrain
Cette rencontre marque un tournant dans les relations avec les élus locaux. Alors que les premières demandes du collectif se heurtaient à des fins de non-recevoir - les autorités renvoyant les habitants vers l'Agence régionale de santé (ARS) - la mobilisation citoyenne finit par porter ses fruits, avec l’installation de filtres à charbon actif dans les écoles et les crèches. Par la suite, le champ captant lui-même sera mis en conformité avec un investissement de 5 à 6 millions d'euros.
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Au-delà du plaidoyer, le collectif s’est investi aussi dans la mesure directe de la pollution. Deux campagnes de science participative ont permis de réaliser une cinquantaine de prélèvements d'eau. «On a fait des mesures d'imprégnation des milieux que ce soit les eaux superficielles ou les eaux souterraines dans des puits particuliers, dans des ruisseaux, dans des rivières dans des étangs etc. et on a essayé comme ça de cartographier un peu l'ampleur de la contamination », explique Louis Delon.
Pourquoi un institut écocitoyen ?
C'est ce travail de documentation scientifique et territoriale que l'Institut écocitoyen en territoire lyonnais a vocation à structurer et pérenniser. L’association repose sur une gouvernance partagée et réunit citoyens, chercheurs, acteurs publics et économiques, ainsi que des professionnels de santé.
Il s’inspire et coopère avec l’Institut Écocitoyen de Fos-sur-Mer pour la Connaissance des pollutions. C’est ce dernier qui pilote actuellement le projet Perfao, première étude épidémiologique d’ampleur pour évaluer les niveaux d’imprégnation aux PFAS des populations du Grand Lyon et l’impact sur leur santé.
Cette expertise indépendante se veut complémentaire de celle des agences de l'État, qui vise à peser dans le débat public comme dans les décisions des collectivités. Une subvention de 150 000 euros destinée à assurer la mise en route du nouvel Institut a été voté cette année par la Métropole de Lyon. La mairie de Lyon a aussi soutenu le projet, avec une enveloppe de 80 000 euros.
L’Institut écocitoyen en territoire lyonnais s'annonce comme un outil de vigilance à long terme, à la fois pour continuer à mesurer l'imprégnation des milieux et pour accompagner les populations riveraines face à une pollution dont les effets, selon les scientifiques, se feront sentir pendant des décennies.



