11 mars 2026

Municipales 2026 : l’eau, une ressource qui ne coule pas de source

Par

Samuel Carpano-Mazuyer

Climat

3 mins

Sécheresses, pollution aux PFAS, vieillissement des réseaux, hausse des factures : derrière l’eau du robinet se cache une politique publique sous tension. À l’approche des élections municipales, la gestion de l’eau s’impose comme l’un des grands enjeux du prochain mandat.

©Zoluss/Pixabay

L’eau du robinet pèse environ 500 euros par foyer et par an. « C’est peu, pour une ressource sans laquelle l’espèce humaine ne peut pas survivre trois jours », explique Nicolas Garnier, délégué général de l’association Amorce, association qui accompagne notamment les collectivités et acteurs locaux en matière de gestion durable de l’eau. Pourtant, cette gestion est dépendante d’un service public de plus en plus sous tension.

Deux enjeux la menacent simultanément : la quantité et la qualité. Sur la quantité d’abord. Le dérèglement climatique n’est pas sans conséquences sur nos ressources en eau : « Il n’y a pas assez d’eau pour tout le monde, en particulier pendant les mois d’été et l’année dernière, 80 % des territoires français ont été placés en arrêté sécheresse » explique Nicolas Garnier. 

Sur la qualité ensuite. À l’échelle nationale 80 % des problèmes de qualité d’eau sont liés aux pesticides. À Lyon, c’est la contamination aux PFAS – des composés chimiques ultra-persistants, utilisés depuis des décennies dans les textiles, les emballages alimentaires, les mousses anti-incendie ou encore les poêles de cuisine  –  qui a profondément impacté les eaux souterraines. 

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Résultat : les nappes phréatiques du sud de l’agglomération lyonnaise sont aujourd’hui si contaminées que la Métropole a été contrainte de mettre en place un plan d’urgence en trois phases : interconnexion des réseaux, installation de filtres à charbons actifs et retour à la normale attendu courant 2026. « C’est un sacré choc psychologique de se dire qu’on ne peut plus avoir accès aux ressources souterraines de la même manière », déplore Nicolas Garnier. 

Les collectivités locales se heurtent à une limite structurelle : face aux pollutions agricoles, chimiques ou industrielles, seuls l’État et l’Europe sont capables d’interdire et/ou d’encadrer l’utilisation des pesticides. « Nous sommes également aujourd’hui en train d’envisager un recours contre l’Europe et contre l’État, considérant qu’ils ne font pas leur travail pour protéger les ressources en eau de l’Europe et du pays », explique le directeur général d’Amorce. 

À Lyon, une régie publique 

Depuis 2023, la Métropole de Lyon a repris la production et la distribution d’eau potable en régie publique, en remplacement du groupe privé Veolia. L’objectif était de reprendre la main sur ce bien précieux, avec une gouvernance plus citoyenne et une approche élargie du « grand cycle de l’eau ». Eau publique du Grand Lyon pilote désormais l’essentiel : fourniture d’eau potable, assainissement et gestion des eaux pluviales.

Mais Nicolas Garnier invite à ne pas en surestimer la portée : « on a vu des régies mal gérées et des délégations de services publics très bien gérées. » Ce qui compte avant tout, c’est « la qualité du pilotage de la collectivité, qu’elle délègue ou qu’elle internalise ». Pour autant, ce choix envoie un signal : celui d’une collectivité qui considère l’eau comme un enjeu politique à part entière et entend y consacrer des moyens. 

Trois propositions à l’attention des candidats.es

Dans un document appelé « Guide de la transition écologique à destination des candidats et des futurs élus locaux », l’association Amorce propose des recommandations concrètes à l’attention des candidat.es aux élections municipales, en matière de déchets, énergie, propreté et l’eau. Sur ce volet, trois priorités sont listées.

La première est de faire de la protection des captages d'eau potable une priorité du mandat. Amorce invite les collectivits à protéger les aires d’alimentation des captages par la maîtrise foncière et la mise en place de baux environnementaux, ou encore de développer des partenariats gagnant-gagnant avec le monde agricole afin de réduire les pesticides et fertilisants chimiques. 

Deuxième priorité : les collectivités doivent « incarner l'exemplarité », insiste Nicolas Garnier, le délégué général d’Amorce. L’association, avec l’aide du Ministère de la Transition écologique, a lancé le « défi Sobriété -10 % d’eau », qui vise à encourager les collectivités à réduire de 10 % la consommation d’eau dans les bâtiments publics (écoles, mairies, équipements sportifs). Une manière d’inspirer entreprises et habitants.es.

Enfin, dernier point : le modèle économique de l’eau. Pour Nicolas Garnier, « l’eau ne coûte pas assez cher en France. Un mètre cube coûte autour de 4 euros. »  L’enjeu n’est pas tant d’augmenter la facture. Amorce plaide pour des tarifs progressifs. Les premiers mètres cubes, correspondant aux besoins de première nécessité, seraient peu chers. Les mètres cubes suivants auraient un tarif “normal”, puis, au-delà d’une certaine quantité d’eau « le mètre cube coûte[rait] beaucoup beaucoup plus cher, notamment pour ceux qui remplissent leur piscine, par exemple. » Une réforme qui permettrait de financer la modernisation de réseaux vieillissants.

« L’eau a trop longtemps été perçue comme un enjeu technique », regrette Nicolas Garnier. « Elle mérite un vrai débat […] ne pas aborder la question de l’eau serait une grave erreur politique et stratégique », conclut-t-il.


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