9 sept. 2026
Éco-anxiété : comment transformer ses émotions en force d’action ?
Par
Florence Gault
Écoanxiété
4 mins
Alors que les épisodes de chaleur extrême se sont multipliés cet été, l’éco-anxiété gagne du terrain, notamment chez les jeunes. Pour le psychiatre Emmanuel Contamin, elle n’est pourtant ni une maladie ni un problème à faire disparaître. Dans Petit Guide Psy à l’usage des jeunes éco-conscients, publié avec Laurent Contamin aux éditions Odile Jacob, il propose des pistes pour comprendre et apprivoiser nos éco-émotions.
©En un battement d'aile
Canicules à répétition, incendies, sécheresse : l’été 2026 « restera dans l’histoire », comme le résumait le jeudi 3 septembre Monique Barbut, la ministre de la Transition écologique, à l’issue de l’été le plus chaud jamais enregistré depuis 1900.
Preuve de la prise de conscience de l’impact du dérèglement climatique sur nos vies, l’éco-anxiété progresse en France. C’est ce que montre la deuxième édition du baromètre de l’Observatoire de l’éco-anxiété (Obseca), publié le 4 septembre dernier. 15 millions de Françaises et de Français sont touchés par l’éco-anxiété.
« L’éco-anxiété, c’est l’ensemble des émotions douloureuses liées à la crise écologique », explique Emmanuel Contamin, psychiatre spécialisé dans les troubles post-traumatiques basé à Lyon, et qui travaille depuis plusieurs années sur ces questions. Anxiété, mais aussi colère, tristesse, frustration ou sentiment d’impuissance : derrière le terme d’éco-anxiété se cache en réalité toute une palette d’émotions. Et pour Emmanuel Contamin, le premier réflexe ne devrait pas être de chercher à les faire taire.
L’éco-anxiété n’est pas une maladie
Le psychiatre préfère d’ailleurs parler d’« éco-conscience ». « L’éco-anxiété a l’air de dire que c’est une pathologie mentale, renvoie les problématiques à quelque chose de personnel », explique-t-il. L’éco-conscience lui semble plus juste pour désigner à la fois la lucidité face à la crise écologique, les émotions qu’elle provoque et les valeurs qui orientent nos actions. Car ressentir de l’angoisse face à une situation réellement inquiétante n’a rien d’anormal. « Il faut valider ces émotions douloureuses pour leur côté normal, le côté adaptatif à une situation anormale. »
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Une émotion constitue en effet un signal. Elle indique qu’il se passe quelque chose et qu’il faut peut-être agir. Le problème apparaît lorsque cette émotion devient tellement intense qu’elle déborde nos capacités à réfléchir et à agir. Emmanuel Contamin parle alors de « fenêtre de tolérance émotionnelle ». Dans cette zone, il est encore possible de réfléchir, de dialoguer avec les autres et de prendre des décisions. En dehors de cette fenêtre, l’émotion peut au contraire conduire à la sidération ou à la paralysie. L’enjeu n’est donc pas de devenir indifférent à la crise écologique. Il est de parvenir à rester suffisamment lucide pour pouvoir agir.
De la sidération à l’action
C’est dans cette perspective qu’Emmanuel Contamin vient de publier, avec Laurent Contamin, Petit Guide Psy à l’usage des jeunes éco-conscients, aux éditions Odile Jacob. Le livre ne cherche pas à faire disparaître les éco-émotions, mais à donner des clés pour les comprendre et surtout éviter qu’elles ne conduisent à l’impuissance. Information, comportements, émotions, relations aux autres : les auteurs explorent plusieurs leviers, jusqu’à la capacité à imaginer un avenir différent. « L’espérance vraie sait qu’elle n’est pas certitude, mais elle sait que l'on peut se frayer un chemin en marchant », écrivent-ils en citant Edgar Morin.

Pour Emmanuel Contamin, quelques réflexes peuvent aider à ne pas se laisser déborder. D’abord, choisir ses sources et éviter la saturation informationnelle. Ensuite, agir sans chercher la perfection, en trouvant une forme d’engagement qui corresponde à ses valeurs et à ses capacités. Et surtout, ne pas rester seul. « Nos liens sont notre première ressource de résilience », estime le psychiatre. Une manière aussi de rappeler que l’éco-anxiété ne peut pas être seulement une affaire individuelle. « Je pense très important de ne pas garder l’éco-anxiété dans le domaine d’un cabinet de psy, aussi bon soit-il. Mais de politiser le sujet. »



