12 mars 2026
Municipales 2026 : le vélo, enjeu clé des mobilités locales
Par
Gladys Lemaire
Société
3 mins
Se déplacer à vélo plutôt qu'en voiture, attendre le bus, chercher une place de stationnement : ces gestes du quotidien traduisent des choix politiques structurants. À l'approche des élections municipales et métropolitaines, La Ville à vélo, association qui milite pour le développement de la pratique cycliste à Lyon, permet de comprendre qui décide quoi — et avec quel bilan — en matière de mobilité douce dans l'agglomération lyonnaise.
©En un battement d'aile
Lyon est entré dans le top 5 des villes les plus cyclables de France selon le baromètre Vélo 2025 de l’association La ville à vélo. Pourtant, en France, 50 % des déplacements de moins de 1 km sont encore effectués en voiture, selon l'INSEE, et moins de 3 % à vélo.
Dans la métropole lyonnaise, les habitudes ont profondément évolué ces vingt dernières années. Depuis la mise en place des Vélo'v en 2005, la pratique cycliste a progressé en moyenne de 10 à 15 % par an, selon un rapport de la Métropole de Lyon. Une dynamique continue qui ne semble pas s'essouffler.
Pour Rémi Mazyrac-Audigier, de La Ville à vélo, le potentiel reste considérable : « on peut mettre une écrasante majorité de la population à vélo, car une écrasante majorité de la population se déplace sur une distance assez faible. » Cette association encourage les pratiques du vélo à Lyon et dans les communes de la métropole, notamment avec des actions de sensibilisation auprès du public et des rencontres auprès des élu.es.
À l'approche du scrutin, comprendre la répartition des compétences est essentiel. « C'est absolument capital que la Métropole résonne sur le plan vélo, affirme Rémi Mazyrac-Audigier, la compétence de la voirie, donc tout ce qui va être les infrastructures lourdes de voies cyclables, est du ressort de la Métropole. » Les communes sont, quant à elles, en charge d'autres compétences telles que le stationnement. Pour l'association, il est donc important d'avoir des élus tournés vers les mobilités douces, telles que le vélo
110 km de voies cyclables… mais encore morcelées
À Lyon, 15% des actifs utilisent principalement le vélo pour leurs trajets domicile-travail, d’après l’INSEE, 13% à Villeurbanne. Thibault Charday, membre de l’association, estime que « d’ici la fin du prochain mandat, on aura à peu près un quart des Lyonnais et des Villeurbannais qui utiliseront le vélo pour aller travailler au quotidien ».
Cette dynamique s’inscrit dans la trajectoire de l’actuelle majorité écologiste à la tête de la Ville et de la Métropole qui a lancé le projet « Voies lyonnaises », un réseau de voies express sécurisées pour les cyclistes. Ce réseau cyclable annoncé en septembre 2021 avait pour objectif la réalisation de 250 km de pistes cyclables continues et sécurisées, en promettant à 75% de la population lyonnaise d’être à moins de 10 minutes d’un de ces axes. En six ans, 110 kilomètres d’aménagements ont été réalisés. Thibault Charday salue l'effort, tout en rappelant que le vélo était auparavant « une variable d'ajustement sur lequel on venait construire par opportunité un aménagement cyclable ».
Le principal point noir reste la fragmentation.« Le principal problème aujourd’hui, ce sont les discontinuités », souligne-t-il. Des portions sécurisées s'interrompent brutalement, laissant les cyclistes — notamment les débutants — se retrouver au milieu du trafic automobile. L’association en appelle aux candidat.e.s : « on leur demande de se positionner et de prioriser leur futur investissement. »
La Ville à vélo interpelle les candidat.es
La Ville à vélo a donc rencontré certain.es candidat.es afin de débattre du sujet du vélo et comprendre la place du vélo dans leur programme. Un sujet « transpartisan » pour l’association qui s’est adressé à tous les candidats de l’extrême gauche à l’extrême droite. Pour Rémi Mazyrac-Audigier « plein d’exemples montrent que la politique cyclable n’est pas l’apanage d’un parti. »
Cinq candidat.es ont accepté de rencontrer l'association pour évoquer leur vision du vélo à l'échelle du territoire. Premier constat : « Aucun candidat ne veut arrêter les pistes cyclables », selon Rémi Mazyrac-Audigier. Mais il tempère aussitôt : « il y a un décalage entre ce que vont nous dire les candidats et les annonces faites dans la presse. »
L'association dresse un bilan nuancé du mandat écologiste. Le budget annoncé pour les Voies lyonnaises était de 280 millions d'euros — tout n'a pas été dépensé en fin de mandat. Pour mettre ce chiffre en perspective, Rémi Mazyrac-Audigier rappelle que les deux lignes de tram actuellement en construction représentent à elles seules près de 600 millions d'euros. « Dire que 200 millions c'est une frénésie du vélo, c'est méconnaître en grande partie la réalité. »
Il met également en avant une réalité concrète : 60 % des déplacements quotidiens font moins de cinq kilomètres, une distance largement compatible avec le vélo. « Tout ne peut pas se faire à vélo, reconnaît-il, mais une grande partie le peut. »
« Le vélo n'est pas là pour embêter une certaine catégorie de la population, conclut Rémi Mazyrac-Audigier, mais pour donner des solutions à des personnes qui voudraient que leurs déplacements soient moins stressants, plus rapides et plus efficaces. »



