12 mars 2026

Municipales 2026 : sortir de la crise du logement

Par

Samuel Carpano-Mazuyer

Société

3 mins

En Auvergne-Rhône-Alpes, le coût du logement continue de peser de plus en plus lourd dans le budget des ménages, en particulier les plus modestes. Les loyers augmentent, les charges énergétiques aussi, les délais d’accès au logement social s’allongent. Derrière ces dynamiques, ce sont des situations de vie fragilisées, parfois basculées dans la précarité. À l'approche du double scrutin de 2026, qui de la Métropole, des communes ou de l'État a réellement le pouvoir d'agir ?

© twalmedia/Pixabay

Dans la métropole de Lyon, les demandes de logement social sont passées, d’après la Fondation pour le logement des défavorisés, de 49 000 en 2015 à 81 800 en 2024, soit quasiment le double en dix ans. 

Derrière ce chiffre, des ménages qui ne peuvent plus payer leur loyer, des familles dans des logements trop petits, des couples séparés contraints de continuer à vivre sous le même toit, des jeunes adultes qui ne parviennent pas à prendre leur indépendance. 

« On a des situations sociales qui sont de plus en plus larges », observe Vanessa Brossard, directrice régionale de la Fondation pour le logement des défavorisés. Le mal logement ne se résume plus aux situations les plus extrêmes, et touche maintenant des ménages qui travaillent, avec des revenus réguliers, mais insuffisants face à la hausse des loyers et des charges.

L'État : le cadre, les règles, l'urgence

La répartition des compétences en matière de logement est, comme le reconnaît Vanessa Brossard elle-même, « très technique et complexe ». C'est l'État qui définit les grandes règles du logement en France : le droit au logement opposable, les normes de décence, les aides au logement (APL). Il finance les politiques structurantes et gère l'hébergement d'urgence via le 115 — le numéro national destiné aux personnes sans abri.

Mais le 115 ne prend en charge que les adultes. C'est l'une des failles que révèle la situation des mineurs isolés à Lyon : plus de 300 jeunes dorment dehors, notamment au Jardin des Chartreux, depuis plus d'un an. Sans document d'identité, souvent rejetés par les services d'évaluation de la minorité, ils se retrouvent dans un vide institutionnel. « Ce sont des jeunes qui se situent dans une espèce de no man's land entre les responsabilités de l'État et celles de la Métropole », résume Vanessa Brossard, directrice régionale de la Fondation pour le logement des défavorisés.

La Métropole de Lyon : le levier principal

C'est à l'échelle de la Métropole — qui regroupe 58 communes dont Lyon — que se décident les politiques d'habitat les plus structurantes : plan local d’urbanisme et d’habitat, objectifs de production de logement social, règles d’attribution, lutte contre l’habitat indigne, fonds de solidarité au logement. « Elle fait beaucoup de choses », résume Vanessa Brossard. 

C’est elle aussi qui a mis en place l’encadrement des loyers, depuis le 1er novembre 2021. L’objectif est d’instaurer un plafond maximum que les propriétaires ne peuvent pas dépasser lorsqu’ils louent un logement.  « Un choix politique pour modérer la flambée des prix », explique la directrice régionale de la Fondation pour le logement des défavorisés. 

De même, la Métropole a choisi de s'engager dans la démarche nationale du "Logement d'Abord", qui vise à proposer rapidement un logement stable aux personnes sans abri, plutôt que de les maintenir dans des dispositifs d'hébergement temporaire.

Les 58 maires de la Métropole n'ont pas la main sur la politique du logement à proprement parler. Mais leur rôle n'est pas négligeable pour autant. Via leur centre communal d'action sociale (CCAS), les communes peuvent apporter des aides complémentaires, organiser des permanences d'accueil pour les demandeurs de logement, et trouver des solutions individualisées pour les situations les plus fragiles. « Une ville est au contact direct de ses habitants et est en première ligne », rappelle Vanessa Brossard. C'est un niveau d'action plus opérationnel, moins décisionnel.

Des propositions pour le prochain mandat

Pour la Fondation pour le logement des défavorisés, les priorités du prochain mandat sont claires : maintenir et renforcer les filets de protection (FSL, aides aux ménages endettés, permanences d'accueil), continuer à produire du logement social, et améliorer la mobilité dans le parc existant pour permettre aux locataires mal logés de changer de logement. 

« Quand les gens ont un logement inadapté et qu’il n’y a pas ces aides, ils peuvent se retrouver dans des spirales très problématiques », avertit Vanessa Brossard.

Au-delà des dispositifs techniques, c’est la notion de “ville accueillante” qui est en jeu selon Vanessa Brossard. « Une ville peut choisir d’être aux côtés de ses citoyens et d’agir. Elle peut aussi se désengager en disant que ce n’est pas son rôle. »


Découvrez l'entretien de Vanessa Brossard dans le podcast d'En un battement d'aile :

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