27 août 2025

Reconversion professionnelle : le parcours d’Anne-Sophie Brunie vers la biodiversité

Par

Jérémie Daviau

Société

5 mins

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Après plusieurs années passées en tant qu’ingénieure en innovation et consultante en stratégie, Anne-Sophie Brunie a choisi de donner un tournant radical à sa carrière. Elle devient chargée de projet biodiversité au Conservatoire d’espaces naturels Rhône-Alpes. Dans le cadre de la série Les portraits de l’été – La série qui donne envie de bifurquer, elle raconte comment un retour à ses racines et une formation spécialisée ont nourri sa reconversion, portée par la passion de la nature et l’engagement pour la préservation de la biodiversité.

©En un battement d'aile

Vous êtes aujourd’hui chargée de projet biodiversité au Conservatoire d’espaces naturels Rhône-Alpes, ce qui représente un changement important par rapport à votre ancien métier d’ingénieur en innovation. Pourriez-vous nous décrire votre vie professionnelle d’avant ?

C’était un métier surtout de bureau, avec parfois des ateliers auprès de clients. Je travaillais à accompagner des dirigeants, PME ou directeurs d’innovation, pour construire des stratégies d’innovation. Parfois, cela concernait des projets produits, comme de nouveaux services, procédés ou modes d’organisation.

Qu’est-ce qui vous motivait à l’époque dans ce domaine ?

Ce que j’aimais, c’était rencontrer beaucoup de personnes, être face à l’inconnu, chercher des solutions à des besoins. C’était stimulant, avec des secteurs très variés, beaucoup de rencontres, d’activités différentes et d’apprentissages.

Quel a été l’élément déclencheur de votre changement de carrière ?

Je me suis rappelée de mon enfance et d’émotions fortes. Depuis petite, je rêvais d’un métier en lien avec la nature. Un moment marquant a été une promenade au bord d’un lac pollué où il était interdit de se baigner. Je voulais agir dans ce genre de situation, retrouver les fonctions de l’écosystème. Cette envie était là, même si je ne le savais pas toujours. En avançant dans ma carrière, je me suis demandé si je suivais ce chemin. La réponse était non. J’ai pris du temps pour réfléchir et voyager, puis j’ai quitté mon emploi pour construire mon projet de reconversion.

Une reconversion n’est jamais simple. Comment avez-vous vécu cette période ? Quel rôle a joué votre entourage ?

J’ai eu la chance d’être entourée de personnes bienveillantes et encourageantes. Bien sûr, il y a eu des questions, comme celle de mon père sur un éventuel trou dans mon CV, mais j’ai pu le rassurer. Ma famille, mes amis et mon compagnon m’ont rapidement soutenue. Il fallait juste trouver un équilibre entre leur curiosité et leur impatience. J’étais prête à m’aventurer dans l’inconnu, ce qui ne me faisait pas peur, d’autant plus avec leur appui.

Pouvez-vous nous parler de l’Institut Transitions ? Qu’est-ce qui vous a décidée à vous inscrire et qu’avez-vous retiré de cette formation ?

Juste avant un voyage, j’ai découvert les portes ouvertes de l’Institut Transition. J’avais décidé de me reconvertir, et le programme, avec cours, missions et mémoire, m’a semblé un cadre idéal. La décision a été rapide : j’allais voyager quatre-cinq mois, puis redevenir élève, ce qui m’enthousiasmait. J’avais envie de vivre cette expérience.

Dès votre inscription, vous saviez que vous vouliez travailler dans la biodiversité ?

Oui, directement. Le mémoire était un fil conducteur, et je savais que je travaillerais sur la biodiversité. Le chemin exact s’est construit progressivement, mais c’était certain. Mon objectif était d’avoir un métier de chef de projet biodiversité, même si je ne connaissais pas encore le Conservatoire d’espaces naturels.

Comment avez-vous trouvé votre emploi actuel ?

J’ai consulté plusieurs sites, dont celui des réserves naturelles de France, qui recense beaucoup d’offres en biodiversité, ce qui a aidé. J’ai postulé à plusieurs reprises, avec quelques silences. J’ai terminé la formation fin septembre 2024, puis mi-octobre, j’ai intensifié la recherche via LinkedIn et les annonces. Début décembre, j’ai rencontré le directeur de l’antenne de l’Ain du Conservatoire. Le courant est bien passé, et fin janvier, j’ai commencé.

Aviez-vous peur que votre CV d’ingénieur ne corresponde pas au métier ? Comment avez-vous convaincu l’employeur ?

Un point rassurant, c’est que la gestion de projet, présente dans mon ancien métier, est aussi au cœur de celui-ci. Cela m’a donné de la légitimité. Ce n’est pas suffisant, évidemment, mais l’année de formation m’a permis de creuser la biodiversité, rencontrer des spécialistes, et écrire un mémoire sur « pourquoi et comment laisser du terrain à la biodiversité », au-delà de la dimension géospatiale.

C’est un sujet plus large, car il s’agit aussi de laisser de la place dans nos relations collectives et individuelles. Ce travail m’a donné confiance et m’a aidée à me positionner sur ce sujet, à comprendre les outils et la législation, ce qui a enrichi l’entretien. La structure cherchait aussi des profils non naturalistes, avec d’autres cultures, ce qui a aidé. C’est cette combinaison qui a marché, et je me plais dans mon métier.

Reprenez-vous certaines compétences de votre ancienne carrière dans votre poste actuel ?

Oui, la gestion de projet, la rigueur acquise sont très pertinentes. Le Conservatoire est une association en croissance rapide, qui se structure, donc avoir un regard venant du privé, avec beaucoup de process, apporte. L’innovation m’a aussi appris à gérer l’incertitude, développer des méthodes pour sécuriser les projets. C’est utile car dans la nature, il y a beaucoup d’imprévus, météo, espèces, partenaires… Apporter un cadre face à cette inconnue est une force que j’ai conservée.

Quels souvenirs ou émotions gardez-vous des débuts dans cette nouvelle vie, au moment où vous avez quitté votre ancien emploi, puis découvert ce nouveau métier ?

Quand j’ai quitté mon emploi, c’était un « allez, c’est parti », avec toutes les portes ouvertes, tous les possibles à explorer. C’est très positif, avec un sentiment de liberté, parfois vertigineux mais très appréciable.

À l’arrivée dans le nouveau métier, j’ai ressenti de la joie. C’est très heureux de poser un pied dans ce domaine rêvé. Beaucoup de découvertes et d’apprentissage. Même si mon parcours est différent, je me suis sentie à ma place et utile. Après une semaine, c’était clair : « Anne-Sophie, tu es au bon endroit, au bon moment, entourée des bonnes personnes ».

Pour conclure, quels conseils donneriez-vous à celles et ceux qui envisagent une reconversion professionnelle aujourd’hui ?

Je conseillerais de ne pas se précipiter, la transition ne se fait pas en un claquement de doigts. Mon parcours a duré presque deux ans, et j’ai apprécié ce temps. Si possible, prenez-le, surtout avec une sécurité matérielle, émotionnelle et un accompagnement. Ne soyez pas trop exigeant envers vous-même. Les opportunités arrivent et se construisent petit à petit. Une fois décidé, prenez votre temps et gardez l’esprit ouvert. Beaucoup d’opportunités arrivent parfois d’elles-mêmes, il faut juste être prêt à les voir.

Découvrez en intégralité "Le portrait de l'été" :

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