26 févr. 2026
Municipales 2026 à Lyon : quels leviers pour la transition écologique ?
Par
Samuel Carpano-Mazuyer
Société
6 min
À l’approche des élections municipales et métropolitaines des 15 et 22 mars prochains, En un battement d’aile a organisé une table ronde en public, à la Maison de l’Environnement à Lyon, afin de comprendre ce qui se joue vraiment au niveau local. Derrière une mécanique électorale un peu complexe se cachent des enjeux très concrets : ce que la ville de Lyon sera dans dix ans, sa capacité à absorber les canicules, la façon dont ses habitants se déplacent, se logent, respirent.
©En un battement d'aile
On connaît Grégory Doucet. On connaît moins Bruno Bernard. Le président de la Métropole de Lyon a même été décrit par Louis Pelaez, élu d’opposition LREM, comme « l’inconnu le plus puissant de France ».
Et pourtant, la Métropole dispose de moyens d’actions importants, souvent méconnus du grand public : un budget de 4 milliards d’euros, soit presque autant que la Région Auvergne-Rhône-Alpes (5 milliards) et près de quatre fois plus que la ville de Lyon. C’est elle qui s'occupe des pistes cyclables, des bornes de compostage, du plan local d’urbanisme, des mobilités, du développement économique — autrement dit, les compétences dites « structurantes », qui dessinent véritablement la trame d’un territoire.
La Ville, de son côté, gère la proximité : les écoles, les équipements sportifs, les associations, les espaces verts de quartier.
À ces missions s’ajoute, pour la Métropole lyonnaise, la spécificité d’avoir absorbé les compétences du département : les publics en difficulté, les collèges, les pompiers…
Un mandat qui va décider de la ville de demain
Si l’enjeu de ces élections peut sembler abstrait, Marie-Hélène Lafage, consultante et autrice de Les Métamorphoses (Éditions Les Petits Matins, 2025) qui interroge l’adaptation des territoires, nous rappelle son importance : « Pendant ce mandat, on va décider de la ville qui va se construire dans 10 ans. » Les projets d’aménagement engagés entre 2026 et 2032 seront ceux qui sortiront de terre au moment où les effets du dérèglement climatique s’accéléreront.
Car le niveau infranational est souvent cité dans les rapports du GIEC comme un levier décisif pour faire face au changement climatique. « Sur l’adaptation, on a vraiment des leviers très concrets », insiste Marie-Hélène Lafage. « Le plan local d’urbanisme, les lieux de refuges dans les mairies d’arrondissement pendant la canicule, les musées pour se mettre au frais… », autant de moyens dont disposent les collectivités pour faire face au changement climatique. Là où la réduction des émissions dépend principalement de dynamiques nationales et mondiales, l’adaptation — comment les habitants vivront la canicule de 2040 — se décide ici, maintenant, à l’échelle locale.
L’écologie absente de la campagne électorale
Pourtant, ces enjeux peinent à s’imposer dans le débat public de cette campagne. Depuis la vague verte de 2020, les questions climatiques ont reculé dans l’espace politique et médiatique. Pourtant, plusieurs enquêtes récentes montrent qu’entre 70 et 80% des Français.es se déclarent préoccupé.es par les enjeux climatiques et environnementaux.
Deux facteurs expliquent ce décalage. Le premier repose sur fait que le traitement médiatique des questions environnementales reste très corrélé aux événements météorologiques extrêmes, tels que les vagues de chaleur, les inondations ou les incendies. « C’est un peu triste, parce qu’il y a un côté très cyclique de ces sujets-là », observe Marie-Hélène Lafage.
Le deuxième facteur de démobilisation est lié au limite du langage des indicateurs macros. Le lexique de l’alerte climatique — les +1, +2, +4°C, les espèces en voie de disparition, les grands indicateurs globaux — génère un sentiment d’impuissance sans générer d’action. « Il faudrait peut être recentrer ces questions sur des échelles plus locales et plus concrètes, plutôt que de chercher à savoir à quel point on va brûler », note Lucas Martin-Brodzicki, journaliste indépendant et membre du collectif Enketo.
Ce déplacement de regard serait d’autant plus mobilisateur : « Parler de l‘eau qu’on boit, de l’air qu’on respire, de la rivière à laquelle on accède en se promenant, c’est rendre la transition désirable et concrète plutôt qu’écrasante. », illustre Lucas Martin-Brodzicki.
Ce qu’il faut regarder dans les programmes
Le nouveau mode de scrutin peut-il fragiliser la cohérence des politiques de transition avec des majorités potentiellement différentes entre ville et métropole ? Marie-Hélène Lafage est directe là-dessus : « Ce serait honnêtement assez catastrophique si les deux exécutifs étaient de couleurs politiques opposées. ». L'exemple de Marseille, où le maire PS et la présidente de métropole LR se livrent une guerre d'usure permanente, illustre ce que cette cohabitation peut produire, les deux institutions étant étroitement liées.
Dés lors, il est nécessaire de vérifier que les promesses correspondent aux compétences réelles des candidats. « Promettre la gratuité des transports quand on est tête de liste à la Ville comme l’a fait Jean-Michel Aulas, alors qu’il s’agit d’une compétence métropolitaine, n’est pas sérieux. » illustre Maire-Hélène Lafage.
Ensuite, regarder les budgets. Les marges de manœuvre des prochains exécutifs seront plus contraintes qu’elles ne l’ont jamais été — recul des dotations d’État, ralentissement du marché immobilier, fonds verts rabotés. « Le mandat décisif d’un point de vue financier, c’était plutôt celui qui vient de s’écouler », relève Lucas Martin-Brodzicki. Les promesses doivent être réalistes.
Enfin, ne pas oublier le social. Selon les mots de Marie-Hélène Lafage, le mandat qui s’achève a laissé une impression de « métropole à deux vitesses », où les habitants des communes périurbaines ont peu bénéficié des transformations concentrées dans le cœur de l’agglomération.



