4 févr. 2026
L'Éveil de Lyon, un club de football engagé dans une transition écologique
Par
Florence Gault
Le club de l’Éveil de Lyon expérimente depuis trois ans une autre manière de faire du football, en intégrant l’écologie dans son fonctionnement quotidien. Équipements, alimentation, déplacements : reportage au cœur d’un club amateur accompagné par l’association Football Écologie France.
Gladys Dibling, Cassandre Limier et Théo Fleurance ©Football Écologie France
Le football rassemble chaque week-end des millions de pratiquants en France. Mais derrière cette passion populaire se cache une empreinte carbone conséquente : environ 1,8 million de tonnes de CO₂e par an, dont 85 % proviennent du football amateur, selon des chiffres de The Shift Project.
Déplacements, infrastructures, équipements, alimentation : l’ensemble de l’écosystème pèse lourd. À cela s’ajoutent les effets déjà visibles du dérèglement climatique. Vagues de chaleur, restrictions d’eau, dégradation des pelouses, risques accrus de blessures : le football amateur est directement concerné.
« En 2022, il y a eu des énormes épisodes de canicule, des feux de forêt. On a des clubs qui ont disparu à cause de ça en France », rappelle Théo Fleurance, responsable de l’antenne lyonnaise de Football Écologie France. « Il y a un double enjeu : s’adapter et réduire son impact. »
Créée par des citoyen.ne.s passionné.e.s de football, l’association accompagne principalement des clubs amateurs, confrontés à des contraintes de temps, de budget et de bénévolat. « Le club amateur est un lieu de vie, un lieu d'éducation qui est fondamental, qui complète la famille, l'école, et parfois même qui la remplace dans certains cas », insiste Théo Fleurance.
À l’Éveil de Lyon, une écologie du concret
À l’Éveil de Lyon, la transition écologique ne s’est pas imposée comme une évidence. Elle a débuté par un atelier de la Fresque écologique du football, animé par Football Écologie France. Un premier temps collectif qui fait émerger des prises de conscience et, surtout, l’envie d’aller plus loin.
Rapidement, une commission écologie voit le jour. Elle est animée par quatre parents bénévoles — Isabelle, Cassandre, Saïda et Pierre-Alain — avec le soutien du président du club, Georges Cano. Leur objectif : faire vivre la démarche écologique tout au long de la saison.
« Notre porte d’entrée, ce sont les besoins du club », explique Cassandre Limier, membre de la commission écologie et maman de deux joueurs. « On ne plaque pas des idées. On part de problèmes très concrets et on montre que l’écologie peut être une réponse logique. »
La gestion des équipements devient l’un des premiers chantiers. Stocks surdimensionnés, commandes approximatives, vêtements inutilisés : le club change d’équipementier et passe à des commandes nominatives. Résultat : un stock considérablement diminué.
Goûters, déchets, équipements : des petits pas qui changent les habitudes
Autre levier : l’alimentation. Goûters, collations, buvette. « On a supprimé les bouteilles individuelles, remplacé par des pichets, changé les biscuits, limité les produits ultra-transformés », détaille Isabelle Reboulé, maman d’un joueur U16. « Rien d’extraordinaire vu de l’extérieur, mais ça réduit beaucoup les déchets. »
Ces changements s’accompagnent d’une évolution des pratiques. La vaisselle réutilisable s’impose peu à peu, parfois spontanément. « Il y a un an, ça n’aurait pas été imaginable. Aujourd’hui, ça vient des gens eux-mêmes », observe Isabelle.
Pour Saïda, également maman et membre de la commission, l’enjeu est aussi éducatif. « Je veux transmettre à mes enfants l’idée que la planète est en danger et que chacun peut agir. Même des actions qui paraissent minimes ont un impact. »
Parler performance pour ouvrir la discussion écologique
Ce mardi 20 janvier, dans les locaux du club, une soirée de sensibilisation à l’alimentation durable est organisée. Les équipes seniors, féminines et masculines, sont conviées. Au programme : un ciné-débat animé par Football Écologie France et un atelier avec Gladys Dibling, nutritionniste du sport et naturopathe, qui accompagne aussi des athlètes de haut niveau.
Le débat mouvant autour d’extraits du documentaire The Game Changers interroge les croyances sur la viande et la performance sportive. « L’objectif n’est pas de dire aux gens de devenir végétariens ou vegans, mais de questionner les représentations », précise Théo Fleurance.
Un exercice qui fonctionne. « Quand on lie santé et performance, on parle le langage des footballeurs », souligne-t-il.

Gladys Dibling, lors d'un temps d'échanges autour de l'alimentation du sportif durable ©Football Ecologie France
Lors de l’atelier, les échanges sont francs. Hydratation, horaires des repas, boissons énergétiques, produits hyperprotéinés : les questions fusent. Et les résistances aussi. « On a tous reçu une éducation nutritionnelle, donc toucher à ça, c'est un peu toucher à ses fondamentaux, à comment on construit son planning, sa vie, parfois même son identité », explique Gladys Dibling.
Chez les sportifs professionnels comme amateurs, la prise de conscience est progressive. « On mange trois fois par jour toute sa vie. Ce qu’on met dans son corps a un impact sur la santé, la performance, mais aussi sur l’environnement », rappelle-t-elle.
Dans le sport de haut niveau, les contraintes restent fortes. Gladys Dibling accompagne des athlètes de haut niveau, comme l'équipe de France de basket. « Quand on travaille avec une équipe de France, on a des paramètres à prendre en compte, des enjeux, des budgets qui sont imposés », explique-t-elle. Avec une réalité complexe. Dans le sport professionnel, il faut composer avec des déplacements en avion, des calendriers chargés et des budgets imposés. « Tout n’est pas transposable, mais il y a toujours des marges de manœuvre, ne serait-ce que commencer par privilégier les produits de saison », observe la nutritionniste.
Un impact qui dépasse le terrain
À l’issue de la soirée, les retours sont positifs. « C’était instructif. On va essayer de limiter les produits transformés », confie Maddy, joueur de 35 ans. Du côté des joueuses seniors, le constat est similaire. « Ça permet de casser les stéréotypes sur les sportifs et la viande », souligne Alixane, étudiante en STAPS.
Au-delà de l’alimentation, la démarche écologique de l’Éveil de Lyon s’intègre désormais dans le quotidien du club. Pour ses déplacements entre les différents terrains, le club a investi dans un vélo triporteur afin de limiter l’usage de véhicules motorisés.
Pour Théo Fleurance, l’enjeu principal reste l’organisation. « Le mot écologie peut faire peur, être perçu comme politique. Il y a aussi le manque de temps, le bénévolat, les budgets. Mais on démontre souvent que ce n’est pas forcément plus cher. »
L'Éveil de Lyon va poursuivre, en 2026, ses engagements autour de la question de l'alimentation.



