4 mars 2026

Municipales 2026 : la nature en ville, un levier pour la biodiversité

Par

Samuel Carpano-Mazuyer

Société

5min

Trame verte, déperméabilisation, végétalisation : la biodiversité urbaine est devenue un enjeu majeur des collectivités territoriales. Qui décide de ce qui pousse dans votre rue, dans votre parc et le long de votre fleuve ? À l’approche des élections municipales et métropolitaines, En un battement d’aile décrypte le rôle des collectivités locales.

On a longtemps pensé la biodiversité comme un luxe des grands espaces : forêts, zones humides, prairies à perte de vue. La ville, elle, en était le repoussoir. Pour Victorine de Lachaise, cofondatrice de l’association naturaliste des Espèces Parmi’Lyon, cette vision est à la fois fausse et coûteuse.

Fausse, parce que la faune et la flore urbaines sont d’une richesse bien souvent insoupçonnée : « On a pu voir toute la diversité des espèces qui se cachait là, en milieu urbain, sous les pavés et le long des berges, et qui est souvent très méconnue », explique Victorine de Lachaise. C’est d’ailleurs cette découverte qui a motivé le projet de l’association, créée en 2015.

Coûteuse, surtout, parce que négliger la biodiversité en ville, c’est se priver de ce que les écologues appellent les services écosystémiques. Les façades végétalisées, au delà de rafraîchir l'intérieur des bâtiments, absorbent les particules fines. Les arbres, au delà d’offrir des refuges pour la biodiversité, rafraîchissent les rues en transpirant.

Les sols déperméabilisés, au delà de permettre l’infiltration de l’eau dans les nappes phréatiques, limitent les inondations. « Végétaliser la ville permet d’améliorer significativement notre cadre de vie », résume la fondatrice de l’association Des Espèces Parmi’Lyon — et l’argument vaut double en milieu densément peuplé, là où précisément les effets du dérèglement climatique se font le plus cruellement sentir. Îlots de chaleur, canicules, sécheresses urbaines : autant de phénomènes que la nature, si on lui en donne les moyens, sait atténuer.

Un arbre, trois propriétaires

Sauf que la nécessaire végétalisation de la ville se heurte à des conflits d’ordre administratif. Comme le constate Victorine de Lachaise, entre la Ville de Lyon et la Métropole du Grand Lyon, la répartition des compétences en matière d’espaces verts est d’une complexité kafkaïenne : « Le pied de l’arbre est à l’arrondissement, le tronc est à la ville, mais les branches à la métropole », illustre-t-elle. Sur les berges, il faut ajouter les Voies Navigables de France. Résultat : quatre acteurs différents sur la même zone, avec leurs propres calendriers, leurs propres budgets, leurs propres priorités.

L’association des Espèces Parmi’Lyon en a fait l’expérience directe avec ses gabions  [NDRL : des treillis métalliques] végétalisés des quais de la Guillotière, 60 mètres de berge restaurée. « Actuellement, personne ne peut reprendre la gestion parce qu’ils ne sont pas d‘accord sur qui entretient la suite », déplore-t-elle. Le projet existe. Les plantes poussent. Mais l’entretien reste en suspens, faute d’accord institutionnel.

Dans ces situations de blocage, tout repose sur la volonté des élus.es. C’est précisément ici que rentre en jeu les élections municipales : « Avoir l’encouragement ou la validation d’un élu directement, ça permet au service d’enclencher le projet », observe Victorine de Lachaise.

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La nature en ville, lieu de lien social

L’association Les Espèces Parmi’Lyon a construit une série de propositions pour rendre Lyon plus verte. Végétaliser cinq kilomètres de quais d’ici 2027, développer des toitures accueillantes pour la biodiversité, poursuivre la déperméabilisation des sols. Mais aussi un changement de regard sur le végétal vieillissant.

« Un arbre apporte beaucoup plus en fin de vie que pendant son développement pour les espèces qui en dépendent », rappelle Victorine de Lachaise. Un vieil arbre, avec ses cavités, son écorce crevassée et son bois en décomposition, offre infiniment plus de refuges et de ressources à la faune qu’un jeune arbre au tronc lisse et au bois intacte. Plutôt que de couper systématiquement les arbres vétérans, les laisser mourir sur pied — en les sécurisant pour les passants si nécessaire.

Toutes ces propositions ont une dimension sociale et participative. Végétaliser la ville ne se fait pas malgré les habitants, mais avec eux. Les chantiers participatifs de l’association, les animations autour des plantations — tous ces espaces deviennent des lieux de lien social.

Ce qu’il faut attendre des candidats.es aux municipales

En 2020, à la sortie du confinement, la végétalisation était au coeur des programmes électoraux. Aujourd’hui, Victorine de Lachaise ne se dit pas dupe : « Il y a beaucoup de greenwashing sur la biodiversité en ville ». Planter des arbres, comment souvent répété dans les programmes des candidats.es, ne suffit pas toujours. D’autant si ceux-ci sont importés d’Afrique du sud pour faire face à la chaleur : « Ce sont des espèces qui transpirent beaucoup moins parce que ce sont des espèces qui viennent du Sud […] et à terme, cela ne servira à rien parce qu’elles ne rafraîchiront pas le milieu urbain » conclut la cofondatrice de l’association Des Espèces Parmi’Lyon.


Découvrez notre entretien avec Victorine de Lachaise :

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