6 mars 2026
Municipales 2026 : l'économie au coeur des collectivités locales
Par
Samuel Carpano-Mazuyer
Économie
3 mins
La métropole de Lyon est l’un des principaux pôles économiques français. À l’approche des élections municipales et métropolitaines de 2026, la manière dont les collectivités orientent ce développement économique devient un enjeu central. Au-delà de l’attractivité des territoires, se pose aussi la question de la relocalisation des activités et de l’intégration des enjeux écologiques dans les politiques économiques locales.
©maccacro/Pixabay
Avec plus de 175 000 entreprises et près de 650 000 emplois salariés privés, Lyon et sa région constituent la deuxième place économique de France. Mais derrière ces chiffres, le rôle des collectivités locales dans l’organisation de l’économie territoriale reste souvent méconnu.
Pour Boris Chabanel, géographe et spécialiste de l’action économique territoriale, les acteurs publics jouent un rôle clé pour structurer les dynamiques économiques locales. Là où les entreprises « n’ont pas une connaissance exhaustive de leur territoire […] les acteurs publics rendent possible des échanges et des coopérations qui n’auraient pas forcément lieu spontanément », que ce soit pour permettre les approvisionnements locaux en restauration collective, favoriser des coopérations entre entreprises, ou connecter le tissu productif local à des centres de recherche.
Le « développement économique » des territoires, une notion à redéfinir
« Le développement économique, dans la tête de beaucoup de gens, consiste à ouvrir des zones d’activités pour accueillir des entreprises », analyse Boris Chabanel. Depuis les années 80, le développement économique territorial s’est construit dans une logique dite exogène, c'est-à-dire qui consiste à capter de la richesse à l’extérieur.
Le tourisme en est l’un des exemples les plus parlants : attirer des visiteurs extérieurs qui dépenseront sur le territoire. « La même logique irrigue aussi les politiques industrielles, selon les mots clés d’attractivité et de compétitivité des territoires » explique Boris Chabanel.
Mais ce système commence à montrer ses limites pour le géographe : « On se rend compte au fil du temps, et je pense que c’est devenu plus apparent depuis la crise Covid, que cette dépendance aux flux extérieurs fragilise les territoires lorsque ces flux diminuent ».
À lire aussi | Isabelle Delannoy : vers une économie symbiotique qui régénère le vivant
Repenser une économie de territoire ancrée et coopérative
Dans le même temps, plusieurs enquêtes récentes montrent que 70 et 80 % des Français se disent préoccupés par les enjeux climatiques et environnementaux. Pour Boris Chabanel, cette préoccupation renvoie directement à la manière dont nos économies sont organisées : « le grand public a bien compris que ce qui se joue derrière, ce sont nos modes de production et de consommation qui doivent se transformer à l’avenir ».
Un modèle fondé sur la captation de richesses extérieures, sur la circulation intensifiée de marchandises et de capitaux, sur la spécialisation des territoires dans des filières d’exportation apparaît difficilement compatible avec les objectifs de décarbonation et de sobriété énergétique.
Dans ce contexte, les politiques économiques et les politiques climatiques ne peuvent plus être pensées séparément : « des politiques de soutien à l’activité économique qui ignoreraient les contraintes écologiques passeraient à côté d’une partie du sujet », affirme Boris Chabanel.
Pour le consultant, cela implique de repenser l’organisation de certaines filières de production à l’échelle locale. Relocaliser certaines productions, reconstruire des filières de proximité, soutenir des formes d’activité moins dépendantes des marchés extérieurs : autant d’initiatives que peuvent encourager les collectivités. Pour cela, plusieurs leviers sont à leur disposition : les commandes publiques, les politiques foncières ou encore l'animation du tissu économique local.
Plus de coopération, moins de concurrence
Ce changement de vision change aussi la manière dont les collectivités échangent entre elles. Là où le modèle exogène pousse à la compétition entre territoires, une logique de relocalisation des productions ouvre la voie à des dynamiques coopératives. « Nous, on pousse beaucoup pour de la complémentarité », insiste Boris Chabanel, « on peut reconstruire des filières en s’appuyant sur les forces des différents territoires ».



