2 mars 2026
Municipales 2026 : l’alimentation, un enjeu de démocratie locale
Par
Samuel Carpano-Mazuyer
Société
4 min
Précarité alimentaire croissante, déserts alimentaires, inégalités d’accès : comment garantir un droit à une alimentation saine, durable, accessible et de qualité pour tous.tes ? Les leviers d’action existent pourtant à l’échelle des collectivités territoriales. Explications.
©En un battement d'aile
Selon une enquête de la métropole de Lyon publiée en 2019, près d’un tiers des habitants.es de la métropole rencontrent des difficultés à bénéficier d’une alimentation de qualité, et 15% ne mangent pas à leur faim. Ces données correspondent aux données de l’échelle nationale : entre 7 % et 16 % de la population française connaît aujourd’hui une forme de précarité alimentaire, certains.es allant jusqu’à réduire leurs repas par manque de moyens.
Pour Violaine Martin, animatrice de réseau de solidarité au Secours Catholique Caritas France (délégation du Rhône), l’accès à une alimentation saine passe d’abord par le levier économique. « L’alimentation de qualité a un coût », rappelle-t-elle. Car l’enjeu est de garantir un prix juste à la fois pour les producteurs.rices et pour les consommateurs.rices.
Pour faire face à la précarité alimentaire qui touche une partie de la population, quelles sont les actions que peuvent entreprendre les collectivités locales ?
Si l’alimentation n’est pas explicitement mentionnée comme une compétence des collectivités, dans les faits, communes et métropoles agissent déjà à de nombreux niveaux sur ces questions : cantines scolaires, restauration collective (crèches, EHPAD), soutien aux jardins partagés…
« Depuis la loi d’avenir pour l’agriculture de 2014, les collectivités peuvent se doter d’un projet alimentaire territorial (PAT) pour relocaliser l’agriculture et l’alimentation dans les territoires », rappelle Violaine Martin.
Des expérimentations locales pour garantir la justice alimentaire
Dans la métropole lyonnaise, plusieurs expérimentations ont été mises en place ces dernières années pour garantir un meilleur accès au droit à une alimentation de qualité. Par exemple, l’association VRAC (Vers un Réseau d’Achat en Commun), qui propose des groupements d’achats solidaires permettant de mutualiser des commandes pour faire baisser les prix, ou la caisse commune de l’alimentation, expérimentée dans le 8ème arrondissement, et qui adapte le tarif aux ressources des ménages pour éviter l’exclusion des publics les plus modestes.
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Mais la réponse n’est pas seulement financière. Le Secours Catholique Caritas France plaide aussi pour recréer du lien « de la fourche à la fourchette » à travers des tiers-lieux ouverts à tous.tes, mêlant cantines solidaires, pédagogie et convivialité. Une manière de lutter contre la précarité alimentaire sans stigmatiser.
10 recommandations aux élus.es
Avec plusieurs associations, le Secours catholique Caritas France a co-publié « dix recommandations pour garantir un accès digne à une alimentation durable et de qualité pour toutes et tous » à destination des futurs.es élus.es.
Le texte invite notamment à dépasser les objectifs de la loi Egalim de 2018 en généralisant la tarification sociale des cantines — un levier clé alors que, pour de nombreuses familles, ce repas reste le seul équilibré de la journée.
Autres propositions : lutter contre les déserts alimentaires en soutenant les commerces de proximité et en préservant les terres agricoles pour maintenir une production locale, mais aussi en soutenant financièrement l’accès digne à l’alimentation (caisses alimentaires, épiceries solidaires, groupements d’achats).
Pour une démocratie alimentaire
Il est également nécessaire que les citoyens s’impliquent activement sur ce sujet, afin qu’ils puissent s’emparer collectivement des questions de justice alimentaire : « Ce ne sont pas les experts qui doivent porter les préconisations : on doit créer de la démocratie alimentaire », insiste Violaine Martin.
Dans cette perspective, la formation des citoyens sur ces enjeux est cruciale. Ainsi le Secours Catholique-Caritas France accompagne depuis quelques mois trois groupes d’habitants pour analyser les programmes des candidat.es et formuler leurs attentes afin d’interpeller les futurs élus.es. Un temps d’échange a été organisé au Faitout, à la Mulatière, entre habitants.es et candidats.es aux élections municipales et métropolitaines des communes sur cette circonscription. Une démarche qui vise à replacer les premiers concernés au cœur des décisions.
Pour y voir plus clair, le Secours Catholique et ses partenaires associatifs ont donc construit une grille d’évaluation (mettre le lien). Elle permet d‘analyser, critère par critère, les engagements des candidat.es sur l‘alimentation durable et accessible : est-ce que le programme prévoit une tarification sociale pour les cantines ? Respecte-t-il les obligations de la loi Egalim sur le bio et le local ? Prévoit-il des jardins partagés, des fermes urbaines, des espaces de production accessibles à tous.tes ?
Au fond, pour Violaine Martin, la manière dont un territoire se saisit de l‘alimentation en dit long sur sa vision de la société. Face à une politique locale souvent dominée par des réponses sécuritaires, Violaine Martin défend une autre logique : « Les projets qui envoient des messages positifs à leurs citoyens en disant "vous faites partie de la solution" sont des projets qui créent une société moins polarisée, qui rassemble les gens autour de causes communes. ».



