15 mai 2026
À Lyon, une micro-ferme urbaine pour retisser le lien entre habitants et alimentation
Par
Gladys Lemaire
Agriculture
3 mins
Entre deux immeubles du 8ᵉ arrondissement de Lyon, la micro-ferme des États-Unis cultive 1 500 m² de salades, carottes, tomates et autres légumes bios. Depuis 2020, cette ferme propose un modèle de production urbaine qui rapproche consommateurs et producteurs. Elle organise ce samedi 23 mai une journée portes ouvertes.
La micro-ferme des États-Unis vue d'un des immeubles à côté @DR
Dans le 8ème arrondissement de Lyon, une parcelle cultivée remplace désormais une ancienne dalle de béton. Entre les immeubles, à quelques mètres du tram, Mary Colombel et Léa Laboureau développent une micro-ferme maraîchère biologique. Objectif : reconnecter les habitant.es à leur alimentation, dans un contexte de plus en plus marqué par la distance entre producteurs et consommateurs.
Le projet repose sur un constat : nous ne savons plus vraiment d’où viennent les aliments que nous achetons, ni comment ils sont cultivés. « Moi-même, je ne savais pas trop d’où venaient les fruits et légumes que je mangeais », explique Mary Colombel. Une prise de conscience qui illustre une tendance plus large : l’éloignement progressif entre les lieux de production et les lieux de consommation.
La micro-ferme tente d’apporter une réponse directe à cette déconnexion. Ici, les cultures sont visibles, accessibles, intégrées au quotidien du quartier. Les habitants peuvent observer les cycles de production, voir pousser les légumes, et échanger avec celles qui les cultivent.
« Il suffit qu’il y ait une ferme en ville pour que ça ravive quelque chose », souligne la maraîchère. Preuve que le lien n’a pas disparu, mais qu’il s’est simplement affaibli.
Un modèle économique encore en construction
Sur un peu plus de 4 000 m² répartis sur plusieurs parcelles, la ferme produit une cinquantaine de variétés de légumes. Une diversité nécessaire pour répondre à une production en circuit court, mais qui ne permet pas d’augmenter indéfiniment les volumes. « On est à un seuil haut de ce qu’on peut produire », explique Mary Colombel. Dans ces conditions, l’enjeu devient économique : mieux valoriser la production existante.
Aujourd’hui, la ferme distribue ses légumes à plusieurs types de clients : deux grossistes, quatre à cinq épiceries, deux à trois restaurants, ainsi qu’à une quinzaine de clients particuliers chaque semaine. Une organisation hybride, qui permet d’assurer des revenus tout en amorçant une transition vers davantage de vente directe. « On aimerait vraiment avoir plus de clients particuliers », reconnaît Mary Colombel.

Léa Laboureau et Mary Colombel @En un battement d'aile
Mais la proximité géographique ne suffit pas. Être situé au pied des immeubles ne garantit pas que les habitants deviennent clients. En effet, il faut créer des habitudes, adapter les modes de distribution, et comprendre les pratiques locales. La ferme en a fait l’expérience avec la vente en ligne, qui peine à s’imposer. « Les gens ici ne sont pas forcément très friands de cette méthode », observe Léa Laboureau. Elle souligne comme freins l’âge des habitants ou la barrière de la langue : « certains ne parlent pas bien français donc c’est compliqué, ils préfèrent acheter leurs légumes directement sur le marché des Etats-Unis. »
Production bio et circuits courts en ville
Une concurrence non négligeable car leur micro-ferme se trouve en ville, impossible donc d’agrandir les surfaces. « On ne pourra pas produire plus », résume Mary Colombel. Le modèle repose sur une équation fragile : produire peu, mais vendre mieux. S’ajoutent des contraintes administratives, notamment pour accéder aux marchés de quartier. « Administrativement, c’est assez compliqué », constate-t-elle.
La logistique constitue un autre défi. Les parcelles étant dispersées, l’organisation du travail est plus complexe qu’en milieu rural. Enfin, les habitudes de consommation restent difficiles à faire évoluer, dans un environnement où les circuits traditionnels sont bien implantés.
Trois mois après leur installation en autonomie, Mary Colombel et Léa Laboureau poursuivent leurs expérimentations. Leur micro-ferme ne résout pas à elle seule la question de la déconnexion alimentaire, mais elle propose une piste concrète : rapprocher physiquement production et consommation, au cœur même de la ville.
Infos pratiques : Journée portes ouvertes de 15h à 18h
158 rue Professeur Beauvisage, 69008 Lyon
Visite gratuite de la ferme et marché de plants et de légumes



